voilà


voilà

voilà [ vwala ] prép.
• 1538; ves la 1283; de vez, voi, impér. (ou thème verbal) de voir, et REM. Voilà, classé parmi les prép., a, en fait, une valeur de verbe. Présente une personne ou une chose, plus particulièrement quand elle est relativement éloignée, vient d'être exprimée. voici. On rencontre souvent [ vla ] (écrit v'la) dans la langue orale.
1 Présentant une chose ou une personne. (c'est, ce sont là). REM. L'opposition classique entre voici et voilà (proche et éloigné) n'est plus guère respectée; la langue cour. emploie voilà dans tous les cas.« Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux. Les voilà ! » (Hugo). « Voilà le maquereau, mesdames ! » (Proust). Voilà un brave homme. Voilà de l'argent. Voilà pour vous. (Après un pron. pers.) Le voilà, c'est lui. « Ah ! vous voilà, bandit ! — Oui, cousin, me voilà » (Hugo). Loc. Coucou, le voilà ! Voilà notre ami qui vient, qui arrive (avec le sens de voici).
♢ EN VOILÀ : voilà de ceci. Vous en voulez ? En voilà. En voilà pour dix francs. Loc. adv. En veux-tu en voilà : beaucoup, tant qu'on en veut. Il met de l'argent en veux-tu en voilà. Un libertin, « des maîtresses en veux-tu en voilà » (Aragon). Exclamatif pour mettre en relief En voilà, un imbécile ! « En voilà une blague, la politique » (Zola) . « En voilà trois qui ont un fameux poil dans la main ! » (Zola). Pop. « En voilà une de femme ! » (Balzac).
♢ QUE VOILÀ. « Toi que voilà » (Verlaine). « La belle que voilà » (chanson). Exclamatif « Que voilà donc du sens commun » (Siegfried),comme voilà.
Ellipt Voilà ! interjection qui répond à un appel, à une demande... Garçon, un demi ! Voilà, voilà... j'arrive ! attendez un instant.
2Présentant les choses dont il vient d'être question dans le discours (opposé à voici). Voilà toutes les informations dont nous disposons pour le moment. « valeur, magnanimité, bonté [...] voilà pour le cœur; vivacité, pénétration [...] voilà pour l'esprit » (Bossuet). « Après m'avoir sauvé, [...] il s'est sacrifié. Voilà l'homme » (Hugo),il est ainsi. « Voilà [...] ce qui fait que votre fille est muette » (Molière). Voilà comme on écrit l'histoire (I, 3o). Voilà ce que c'est que de (et inf.),telles en sont les conséquences. Voilà le hic. Voilà tout; et voilà tout. tout. En voilà assez : cela suffit, je n'en supporterai pas davantage. — (Employé seul) Voilà, et voilà, sert à clore une déclaration. — (Construit avec qui, en valeur neutre) Voilà qui est louche. Voilà qui est bien, c'est bien.
Avec une valeur exclamative C'est (ce sont) bien..., c'est vraiment. Voilà bien les hommes. Absolt Ah ! voilà ! c'était donc ça (cf. Vous m'en direz tant !).
3S'emploie pour présenter un substantif, un pronom caractérisé (par un adjectif, un participe, une proposition) Vous voilà content : vous êtes content, à présent, maintenant. La voilà partie : enfin, elle est partie ! « Vous voilà bien embarrassés tous deux » (Molière). « Le voilà se costumant » (Goncourt). Nous voilà bien ! Nous voilà frais !... « Comme te voilà grande, Camille ! » (Musset),comme tu es grande, maintenant. — « Le voilà qui prend tout à coup le mors aux dents » (Diderot). (En corrélation avec un adv. ou une circonstance de temps) Comme, tandis que..., voilà... « À peine suis-je dans la rue, voilà un violent orage qui éclate » (A. Daudet).
(Avec un compl. de lieu) Nous voilà dans la place; nous y voilà. Fig. Nous y voilà : nous abordons enfin le problème, la question. « Je n'ai pu me défendre de t'aimer. — Nous y voilà » (Marivaux).
4(Suivi d'une complétive) Pour présenter une circonstance nouvelle. Soudain, voilà que l'orage éclate, qu'éclate l'orage. « Mais voilà que la belle route [...] n'est plus qu'une ornière affreuse » (Maupassant). « Un soir de pluie v'là qu'on gratte à ma porte » (Brassens). Voilà comme, comment, pourquoi. Fig. Voilà où je veux en venir.
5Vx Ne voilà pas, voilà pas, s'employait pour exprimer la surprise. « Hé bien ! Ne voilà pas encore de son style ? » (Molière). Mod. (fam. ou région.) Voilà-t-il pas (et pop. voilà-ti-pas, v'là-ti-pas) que... « Voilà-t-il pas que les Russes brûlent leur ville ! » (Balzac). « Mais ne voilà-t-il pas, patatras, qu'un jour, tout s'écroula ! » (Perec).
6(Explétif) Pour présenter ou souligner un argument, une objection. C'était simple, « seulement voilà, il suffisait d'y penser » (Anouilh).
7Il y a (telle durée). « Elle a décampé voilà quinze jours » (Martin du Gard). « Voilà trois mois que je lis exclusivement de la métaphysique » (Flaubert),j'en lis depuis trois mois. « Voilà dix ans que je n'ai vu le soleil » (Flaubert).

voilà adverbe (de vois, impératif de voir, et là) Suivi d'un nom ou précédé d'un pronom, attire l'attention sur quelqu'un ou quelque chose de proche, un événement actuel : Voilà l'argent. Le voilà qui arrive. Par opposition à voici, présente quelqu'un ou quelque chose de plus éloigné par rapport à la personne qui parle, ou l'événement le plus éloigné, ou ce qui a été fait ou dit. Marque dans une phrase la conclusion, la constatation (souvent précédé de et) : Et voilà, c'est ainsi que l'affaire s'est terminée. Indique une explication : Voilà pourquoi je n'ai rien pu faire.voilà (difficultés) adverbe (de vois, impératif de voir, et là) Emploi et registre Le principe qui régit le choix entre voici et voilà est le même que pour ici et , celui-ci et celui-là, ceci et cela. 1. Voici. Dans l'expression soignée, voici s'applique soit à une personne ou à une chose relativement proche de la personne qui parle, soit à ce qui va être dit ou fait : voici ma fille ; « Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous »(Verlaine) ; voici ce que je vous propose. 2. Voilà s'applique soit à une personne ou à une chose éloignée de la personne qui parle, soit à ce qui a été dit ou fait : voilà les bateaux qui rentrent au port ; voilà ce que j'ai compris. - Dans l'expression orale courante, voilà est souvent employé pour voici : nous y voilà ; voilà la pluie ; en voilà une idée ! 3. Voici et voilà dans la même phrase. Cet emploi marque souvent une opposition : voici ma place, voilà la vôtre. 4. Voici venir. Cette expression marque la proximité dans le futur : voici venir l'hiver (= nous voilà bientôt en hiver, l'hiver approche). Elle appartient au registre soutenu. Construction 1. Voici que, voilà que entraîne souvent (mais non nécessairement) l'inversion du sujet : voici qu'arrivent les premiers coureurs ; voilà que se présentent les troupes qui marchent en tête du défilé. 2. Voici, voilà une semaine que je ne l'ai vu / que je ne l'ai pas vu. L'omission de pas est admise aux temps composés : voici trois mois que je ne l'ai vu ; au présent, on emploie la négation complète : voilà une semaine que je ne le vois pas. 3. Voilà ce que c'est que de / que (+ infinitif) : les deux tournures sont admises ; la première est la plus fréquente : voilà ce que c'est que de trop boire ; voilà ce que c'est que partir tout seul. 4. Ne voilà-t-il pas que. Forme d'insistance (souligne le propos ou marque une distance de celui qui parle par rapport à ce qu'il dit) : ne voilà-t-il pas qu'il s'avise de nous narrer par le menu toute l'aventure. Registre soutenu. Remarque Voilà-t-il pas que, sans ne explétif, est parfois employé à l'écrit pour rendre la spontanéité de l'expression orale, mais ne se rencontre guère en réalité dans l'usage courant. 5. Revoici, revoilà. → revoicivoilà (expressions) adverbe (de vois, impératif de voir, et là) Voilà que, indique une action qui arrive soudainement. Voilà qui, met en évidence un phénomène : Voilà qui est bizarre. Voilà tel temps que, il y a exactement tel laps de temps que : Voilà trois mois qu'il est parti. En veux-tu en voilà, sert à indiquer une grande quantité. Me voilà, j'arrive, je suis là. Familier. (Ne) voilà-t-il pas que, attire l'attention sur un événement surprenant. Nous voilà bien !, souligne une situation délicate, désagréable voire dangereuse. Voilà ce que c'est de, telles sont les conséquences de cette action. Voilà tout, il n'y a rien d'autre à dire.

voilà
Prép.
d1./d (Indiquant l'éloignement.) Voilà la forêt, à l'horizon.
|| Loc. adv. En veux-tu, en voilà: à profusion.
|| (Précédé du Pron. relat. que, avec la valeur d'un démonstratif.) La belle que voilà.
d2./d (Renvoyant à ce qui vient d'être dit, énoncé.) Voilà ce qu'il fallait faire.
d3./d (Employé pour voici.) V. voici (sens 3, 4 et 5 et rem. finale).

⇒VOILÀ, verbe et prép.
I. — Verbe. [Verbe défectif réduit à la forme unipersonnelle du prés. de l'ind. de l'aspect inaccompli]
Rem. ,,On ne peut se contenter de dire que [voilà] (...) est un présentatif car c'est là une qualification qui ne dit rien de la nature du signe, tout comme celle de démonstratif ou de possessif. Le terme de factif [qui marque l'expression d'un fait], lui aussi, fait allusion à une fonction, non à une structure, il est de peu d'utilité. L'examen de la syntaxe de voici-voilà nous place devant une évidence: c'est en tout point celle de la langue dénommée verbe`` (G. MOIGNET ds Trav. Ling. Litt. Strasbourg t. 7 n° 1 1969, p. 195).
A. — [Présente une pers. ou une chose relativement éloignées du locuteur et, plus gén., une pers. ou une chose, proche ou éloignée, que le locuteur veut désigner]
1. [Suivi d'un subst. ou d'un pron. (autre qu'un pron. pers. ou un pron. nég.)] « Voilà donc, » m'écriai-je d'une voix altérée, « cette fille qui devait m'être attachée jusqu'au tombeau! (...) » (RESTIF DE LA BRET., M. Nicolas, 1796, p. 150). Des cheminées d'usines, des maisons clairsemées et blanches qui se resserrent tout de suite et deviennent nombreuses,voilà la gare, nous descendons (COLETTE, Cl. école, 1900, p. 180).
Rem. L'oppos. entre voici et voilà tend à s'estomper: voilà, empl. deux fois plus que voici, est empl. même quand ce qui est désigné semble proche du locuteur. Dans l'oppos. voici/voilà, voilà apparaît comme la forme non marquée, c'est-à-dire utilisable dans tous les cas.
Que voilà. [Dans une phrase exclam.; quand le nom est qualifié par un adj. appréc.; voilà peut passer derrière ce nom] Que voilà de beaux fruits! les beaux fruits que voilà! Ah que voilà bien mon affaire! Dit-elle avec transport (FLORIAN, Fables, 1792, p. 188). La jolie petite fille que voilà! (VIGNY, Serv. et grand. milit., 1835, p. 92).
— [Le subst. est déterminé par une prop. sub. rel.] Voilà cet imbécile, à qui j'ai pourtant fait la partie belle, et qui n'a su ni me jeter dans un couvent ni me conquérir à sa philanthropie (GOBINEAU, Pléiades, 1874, p. 191). Et puis avant qu'on soit assis à table, voilà un enfant qui crie: « Les vaches ont sauté la clôture » (HÉMON, M. Chapdelaine, 1916, p. 172).
— [Précédé d'un pron. atone] Me voilà; les voilà. Eh! vous voilà! bon jour, dit-elle: Que faites-vous ici seule sur un chemin ? (FLORIAN, Fables, 1792, p. 36). Les voilà! les voilà! par les rues, les ruelles, les impasses, les places, les carrefours, encombrés de voitures et de passans; les voilà! les voilà! par la boue, les pavés, les immondices, les bornes, les ruisseaux, les filles de joie, les voilà! Comme ils folâtrent nos deux hommes! Les voilà! (BOREL, Champavert, 1833, p. 215).
♦ [Pour annoncer la venue, l'arrivée de qqn] Eh! eh! moi, je suis parti de Lyon avec deux doubles louis que m'avait donnés ma grand-mère, je suis venu à pied à Paris et me voilà (BALZAC, Début vie, 1842, p. 431). Célestin revint avec les premières notes de: Maréchal, nous voilà... Il alla à la radio, la ferma (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 62).
♦ [Le subst. est annoncé par un pron. atone pléonastique] J'ai quelque part une vieille mère; (...) y a à peu près quatorze ans que je n'ai reçu de ses nouvelles (...) La v'là sa lettre (DUMAS père, Napoléon, 1831, V, 17e tabl., 1, p. 113).
En voilà. Voilà de cela. Tu en veux? En voilà. — « Du pain! »« Tiens! en voilà! » dit le père Roque, en lâchant son coup de fusil (FLAUB., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 174).
En voilà pour. En voilà pour dix francs; en voilà pour un an. Des millions d'ennemis s'abattent ainsi, sur chaque cité, comme des nuages de sauterelles. En voilà pour quinze ans (LAUTRÉAM., Chants Maldoror, 1869, p. 190).
♦ [Pour exprimer la surprise, la stupeur] En voilà des façons; en voilà des manières; en voilà d'une autre (vieilli). En voilà d'une bonne! (...) Ça ne me regarde pas, peut-être? (...) Savez-vous bien que vous chassez sur mes terres? (...) vous avez l'air de viser ma future (DUMAS père, Chasse et amour, 1825, 14, p. 55). Mais en voilà bien d'une autre. Bombard ne va-t-il pas s'imaginer que la fameuse lettre est venue de ces jeunes gens (A. DAUDET, Tartarin Alpes, 1885, p. 98). En voilà un olibrius! (SALACROU, Terre ronde, 1938, I, 1, p. 133).
En voilà assez! Ça suffit comme ça! Il ne faut pas en rajouter. V. assez ex. 39.
Fam. En veux-tu, en voilà; en voici, en voilà. À foison, à satiété, beaucoup, en abondance. Un médecin y t'en foutrait pour quinze francs de drogue et puis de la diète, en veux-tu en voilà (GIONO, Colline, 1929, p. 104).
2. [Présente un fait proche du moment où l'on parle, dans le passé ou dans l'avenir] Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient (...). Voilà le souvenir enivrant qui voltige Dans l'air troublé (BAUDEL., Fl. du Mal, 1861, p. 78).
B. — [P. oppos. à voici; rappelle ce dont il vient d'être question]
1. [Introd. un développement nouveau]
a) Voilà que. [Suivi d'une complét.; situe un fait dans une succession, une chaîne] Voilà que Romain va arriver, ce grand fou; je l'entends d'ici (RAMUZ, Gde peur mont., 1926, p. 97). Et voilà que se retrouve le mot oublié ou réprouvé, l'âme (BACHELARD, Poét. espace, 1957, p. 5).
En partic. [Présente un événement qui survient d'une manière brusque, inattendue] Flûte! voilà que se crève brusquement le journal trempé de pluie, tout s'éparpille (BERNANOS, M. Ouine, 1943, p. 1392).
b) [Présente une prop. indép. après une pause ou deux points] Je vais vous expliquer (et il hésitait toujours, avec un sourire doux et intimidé). Eh bien, voilà, je vais vous expliquer: c'est que je ne sais pas comment vous mettre au commencement (LOTI, Mon frère Yves, 1883, p. 165).
c) [Dans le dialogue, marque l'embarras, l'hésitation] Bon. Eh bien, voilà! (Un silence.) Voilà! (Un silence.) (...) Bon. Bon, bon. Voilà. Tout est bien (SARTRE, Mains sales, 1948, 3e tabl., 4, p. 107).
2. [Introd. un commentaire]
a) [Suivi d'une prop. interr. indir.] Voilà comment la Chambre conduit le ministère, et non le ministère la Chambre (REYBAUD, J. Paturot, 1842, p. 383). Eh bien, voilà comme vous vous en allez?... cria Lisbeth à Crevel (BALZAC, Cous. Bette, 1846, p. 360). Voilà pourquoi je t'ai porté, fait, dorloté, soigné, aimé jusqu'à l'absurde (COCTEAU, Parents, 1938, I, 4, p. 207).
b) [Suivi d'une prop. sub. rel.]
— [Avec antécédent neutre] Voilà ce qui s'appelle... Voilà ce que j'appelle avoir de la conduite (CHÊNEDOLLÉ, Journal, 1805, p. 10).
— [Sans antécédent] Voilà qui est bon. Est-ce fini? Allez, messieurs, la paix soit avec vous (MUSSET, Lorenzaccio, 1834, II, 4, p. 149).
c) [Suivi d'un syntagme nom. commentant ce qui précède ou annonçant ce qui va suivre] — Non, Sire, elle est trop bonne femme pour être au spectacle quand je suis ici.Voilà bien les maris, disait l'Empereur en riant, toujours confiants et crédules! (LAS CASES, Mémor. Ste-Hélène, t. 1, 1823, p. 274). Voilà le point exact où nous sommes descendus. Les chefs du peuple, au pouvoir ou dans l'opposition, se sont mis au service des idées qu'ils condamnent (CLEMENCEAU, Vers réparation, 1899, p. 67).
— [À la fin d'une énumération pour introduire un mot récapitulatif] C'est là qu'eurent lieu les embrassades, les bons souhaits, les serrements de mains, les recommandations d'être prudent chaque fois qu'on le pourrait, enfin c'est là qu'on se sépara. Voilà la vie! (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 153). Ce qui lui fait le plus de mal, c'est qu'il ne veut pas l'avouer à personne: voilà le pire (PAGNOL, Fanny, 1932, I, 1er tabl., 8, p. 25). Elle est. Et moi aussi j'ai voulu être. Je n'ai même voulu que cela; voilà le fin mot de l'histoire (SARTRE, Nausée, 1938, p. 219). V. hic ex. de Maupassant et vérité 1re Section I A 2 a ex. de Pagnol.
d) Vieilli. [Suivi d'un inf.] Voilà parler, répondit le papa Gobseck qui me tendit la main (BALZAC, Gobseck, 1830, p. 402). Car voilà trop causer, Et le temps que l'on perd à lire une missive N'aura jamais valu la peine qu'on l'écrive (VERLAINE, Œuvres poét. compl., Fêtes gal., Paris, Gallimard, 1962 [1869], p. 93).
e) [Dans le dialogue, comme terme final d'une réponse] On me crut, et la gendarmerie chercha en vain, pendant un mois, l'auteur de cet accident. Voilà! (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Cloch., 1886, p. 665). Il me revient aussi étrangement à l'oreille le très bref et très sec « Voilà! » avec lequel Marino parut clore la visite et rompre l'envoûtement, en martelant plus fort le talon de sa botte (GRACQ, Syrtes, 1951, p. 23).
Mais voilà. Mais voilà! Vous avez une femme, voilà! (CLAUDEL, Échange, 1954, I, p. 750).
Et voilà. Vincent avait affirmé au retour qu'il s'était acheté une conduite: et voilà! (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 234).
Voilà tout. Ainsi la terrible besogne était achevée: elle était achevée voilà tout. Elle était faite (BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p. 151).
C. — [Le subst. ou le pron. présenté par voilà sont caractérisés par un adj., un part., une prop. sub. rel., un compl.. circ. qui décrivent un état actuel résultant de circonstances antérieures exprimées ou explicites]
1. [Avec un adj. attribut] La voilà pimpante et proprette, toujours douce, soumise, obéissante (SUE, Atar-Gull, 1831, p. 8). Le voilà riche à millions (BALZAC, Cous. Bette, 1846, p. 345).
2. [Avec un part.] Et le voilà faisant une scène à Banville, ne le trouvant pas à l'unisson de son admiration! (GONCOURT, Journal, 1887, p. 633). Te voilà bien avancé! (ROLLAND, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1543).
3. [Avec une prop. sub. rel.] Le voilà qui se met à développer ce texte avec une abondance d'idées, une richesse de vues si fines ou si profondes, un luxe de métaphores si brillantes et si pittoresques, que c'était merveille de l'entendre (CHÊNEDOLLÉ, Journal, 1822, p. 113).
4. [Avec un compl. circ. exprimant un lieu ou une situation] Le voilà devant ce miroir, Criant, pleurant, frappant la glace (FLORIAN, Fables, 1792, p. 81).
5. P. iron. [Pour déplorer cette situation] Me/nous ... voilà bien! Allons! bon, du monde! Ah! bien! me voilà bien! (FEYDEAU, Dame Maxim's, 1914, I, 9, p. 15).
6. [Pour déclarer que cette situation est arrivée à son terme, à son dénouement] M'/nous ... y voilà. Nous y voilà, dit l'ancien tonnelier en jetant la lettre au feu; patience, mes petits amis (BALZAC, E. Grandet, 1834, p. 180).
D. — Ne voilà-t-il pas que. [Souligne la surprise provoquée par un phénomène récemment survenu ou sur le point de survenir] Et ne voilà-t-il pas que, sans me regarder, sans m'écouter, sans me répondre, il prend la taille d'une femme, se met à valser (GONCOURT, Journal, 1894, p. 565).
Voilà-t-il pas que (fam.). La porte bouge comme Si on entrait.Mais non.Voilà-t-il pas, pauvre homme, Que j'ai peur de le voir rentrer, moi, maintenant! (HUGO, Légende, t. 2, 1859, p. 774).
II. — Prép. [Suivi d'une indication de durée]
A. — [Indique l'intervalle de temps qui s'est écoulé depuis le moment où un événement a eu lieu jusqu'au moment présent] Il y a. Synon. voici. Voilà deux nuits, sur les communaux, il y a eu un coup de lanterne (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 10).
B. — Voilà... que. [Indique qu'une situation existe depuis un point du passé jusqu'au moment présent] Il y a... que. Les Mémoires de Retz. Voilà longtemps que je n'avais goûté pareille joie (GIDE, Journal, 1902, p. 124).
REM. V'là, var. pop. Père, v'là la pluie, je sors mes oies! (ZOLA, Terre, 1887, p. 45). V. supra I A 1 ex. de Dumas.
Prononc. et Orth.:[vwala]. Par contraction, v'là (supra rem. ex. de Dumas, Zola). Dans ne voilà-t-il pas, épenthèse d'un t de liaison (NYROP Phonét. 1951, p. 143). Homon. formes conjuguées de voiler1 et 2. Ac. 1694: voila; dep. 1718: voilà. Étymol. et Hist. 1. 1342 vela s'emploie pour désigner une personne ou une chose relativement éloignée (GUILLAUME DE MACHAUT, Le Dit dou Lyon, éd. E. Hoepffner, t. 2, p. 208: vela celui qui vainqui la bataille); 1485 précédé d'un pron. pers. me vella (Mistére du Viel Testament, XVII, 9609, éd. J. de Rothschild, t. 2, p. 13); a) 1485 en vella « voilà de ceci » (ibid., XI, 6205, t. 1, p. 241); 1601 s'emploie pour désigner à l'attention, une personne (P. CHARRON, De la Sagesse, Trois Livres, p. 270: et en voylà un en sa maison qui...); 1839 exclam. pour mettre en relief (STENDHAL, Chartreuse, p. 38: en voilà du nanan!); b) 1485 précédé de que (Mistére du Viel Testament, XXI, 14393, éd. J. de Rothschild, t. 2, p. 231); 1498-1515 exclam. (P. GRINGORE, Vie Ms. S. Loys, éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, t. 2, p. 224: o que velà ung villain mot!); 1635 (G. DE SCUDÉRY, La Comédie des Comédiens, p. 36: que voilà reciter de bonne grâce!); c) 1607 voilà suivi d'un inf. pour attirer l'attention sur une action qui est en train de se dérouler (H. D'URFÉ, L'Astrée, t. 1, p. 464); 2. fin XIVe s. vela s'emploie pour désigner des choses dont il vient d'être question précédemment (FROISSART, Chroniques, éd. S. Luce, t. 11, p. 59); 1478-80 velà comment (GUILLAUME COQUILLART, Enquête, éd. M. J. Freeman, p. 104); 1580 voilà pourquoy (B. PALISSY, Discours admirables, éd. A. France, p. 335); 1601 voylà tout (P. CHARRON, op. cit., p. 44); 1627 voila qui est bien (Ch. SOREL, Le Berger extravagant, p. 335); 1627 voila ce que c'est + subst. (ID., ibid., p. 509: voila ce que c'est que le livre de Lysandre); 1643 voila ce que c'est + inf. (A. ARNAULD, De la fréquente Communion, p. 702: voila ce que c'est que d'estre devot); 1672 en voilà pour suivi d'une indication temp. (Mme DE SÉVIGNÉ, Corresp., éd. R. Duchêne, t. 1, p. 452); 1725 en voilà assez formule pour mettre fin à un entretien (MARIVAUX, La Seconde surprise de l'Amour, p. 533); 1761 n'en voilà-t-il pas assez? (J.-B. ROBINET, De la Nature, p. 327); 3. 1485 s'emploie pour présenter un subst. ou un pron. caractérisé, en relation avec des circonstances déjà exprimées (Mistére du Viel Testament, IV, 26281, t. 1, p. 101); 1607 le voilà qui (H. D'URFÉ, op. cit., p. 250); 1610 nous voilà bien! (BÉROALDE DE VERVILLE, Le Moyen de parvenir, éd. Tournon, chap. 65, p. 205); a) 1580 en corrél. avec une circonstance de temps (MONTAIGNE, Essais, I, 49, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 296); b) 1610 en corrél. avec un adv. de lieu t'y voilà (BÉROALDE DE VERVILLE, op. cit., chap. 8, p. 18); 4. 1511 vela pas s'emploie pour exprimer la surprise (P. GRINGORE, Sottie, éd. Ch. d'Héricault et A. de Montaiglon, t. 1, p. 235); 1568 voila pas (R. GARNIER, Antigone, 2618, éd. W. Foerster, t. 3, p. 90); 1625 ne voila pas (H. D'URFÉ, La Sylvanire, p. 50); 1627 ne voila-t-il pas (Ch. SOREL, op. cit., p. 172); 5. 1757 « il y a exactement (tel laps de temps) » (R.-L. ARGENSON, Journal et Mémoires, p. 256). Comp. de la 2e pers. de l'ind. de voir et de la particule (cf. voici). Fréq. abs. littér.:33 309. Fréq. rel. littér.:XIXe s.: a) 48 941, b) 58 348; XXe s.: a) 49 235, b) 39 020. Bbg. ANQUETIL-MOIGNET (N.). À propos du « verbe voici-voilà ». Mél. Moignet (G.). Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1980, t. 18, n° 1, pp. 23-30. — CHEVALIER (J.-Cl.). Exercices portant sur le fonctionnement des présentatifs. Lang. fr. 1969, n° 1, pp. 82-92. — CRESSOT (M.). Présentation de l'action subite. Fr. mod. 1942, t. 10, pp. 23-25. — GARDES-TAMINE (J.). Introd. à la synt. Inform. gramm. 1986, n° 29, pp. 34-35. — LECOINTRE (S.), LE GALLIOT (J.). À propos d'une macrostructure du syst. verbal fr. Fr. mod. 1970, t. 38, pp. 322-329. — MOIGNET (G.). Le Verbe voici-voilà. Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1969, t. 7, n° 1, pp. 189-209; Syst. de la lang. fr. Paris, 1981, pp. 279-285. — QUEM. DDL t. 38. — ROTHENBERG (M.). Les Prop. rel. à antécédent explicite introduites par des présentatifs Mél. Michéa (R.). Ét. Ling. appl. 1971, n° 2, pp. 110-112. — SCHIFKO (P.). Aspekte einer strukturalen Lexicologie... Bern, 1977, 387 p. — TOGEBY (K.). Gramm. fr. 4. Copenhague, 1984, p. 287.

voilà [vwala] prép.
ÉTYM. 1538; ves la, 1283; de vez, voi, impér. ou thème verbal de voir, et là. REM. La forme vez là a survécu dans la prononciation vela, courante au XVIe s. et au XVIIe s. et qui a donné la forme pop. v'là (→ Plaisir, cit. 41; rien, cit. 97; tondeur, cit. 2).
Désigne une personne ou une chose, et, plus particulièrement, ce qui est relativement éloigné, ce qui vient d'être exprimé. Voici.
REM. Voici et voilà, habituellement appelés prépositions, ont en réalité gardé, de leur origine verbale, une valeur syntactique particulière (certains les appellent « présentatifs »).
1 Désignant une chose ou une personne. (c'est, ce sont là…).
REM. L'opposition classique entre voici et voilà (proche et éloigné) n'est plus respectée : « Mon sillon ? Le (2. Le, cit. 5) voilà. Ma gerbe ? La voici ». La langue courante emploie voilà dans tous les cas.
Où sont les vingt francs ? Les voilà (→ Fouiller, cit. 33). || Voilà le maquereau, mesdames ! (→ 1. Frais, cit. 25).Voilà un fameux gaillard (cit. 17), un brave homme… (→ aussi Assommer, cit. 15).Voilà pour vous.Voilà de l'argent, en voilà. Tenir (tiens ! supra cit. 4). || « Tiens ! Voilà du boudin (…) » (chanson de marche de la Légion).
1 Voici notre roi, peuple, et voilà votre reine.
Corneille, Rodogune, V, 3.
2 Pierre vous apporte-t-il autre chose qu'une cruche et du pain ? Une cruche, la voilà; du pain, en voilà (…)
Ch. Nodier, Contes, Lidivine.
3 — Et le Recousu retira d'autour de ses reins une ceinture de marchand de bœufs.
— « Tiens, voilà tes deux mille deux cents ! »
Ed. de Goncourt, les Frères Zemganno, XXII.
(Avec un pron. pers., placé avant voilà). || Le voilà, c'est lui. || « Ah, vous voilà, bandit ! » — « Oui, cousin, me voilà » (Hugo, les Burgraves, I, 2, in Le Bidois). || Oui, te voilà, c'est toi, ma blonde… (→ 1. Muse, cit. 8). || Coucou, le voilà !
4 Le dervis, à ces mots, court, traverse la place,
Arrive, et reconnaît le pacha son ami.
Bon ! te voilà ! dit celui-ci (…)
Florian, Fables, VI, 7.
5 — Te v'là toi donc, Claudius. — Oui, me voilà bien ! — Alors, te v'là comme ça, Claudius ! — Comme ça, me v'là !… Pour bien dire, c'est moi, comme vous voilà vous, l'Adèle. — Alors, te v'là !
G. Chevallier, Clochemerle, VIII.
Voilà notre ami qui vient, qui arrive (avec le sens de voici). || Voilà un bonnet qui est perlé (cit. 4). || Le voilà qui… Pop. || « Me voilà d'entrer avec lui dans la grange » (M. Aymé, la Vouivre, p. 103).
Vx (construit avec de partitif). || Voilà de vos beaux faits (cit. 9).
6 C'est là de bon style officiel. Voilà de bonne publication.
Ch. Péguy, la République…, p. 16.
En voilà : voilà de ceci. || Vous en voulez ? En voilà. || En voilà pour dix francs. — ☑ (1750). Loc. adv. En veux-tu, en voilà : beaucoup, tant qu'on en veut (→ 1. Vouloir, cit. 16.2, 16.3). || « Ali m'a donné (…) des fusils et des sabres ! (…) en veux-tu, en voilà » (Balzac, Un début dans la vie, Pl., t. I, p. 649). || « Un libertin (…) des maîtresses en veux-tu en voilà. » (Aragon, les Beaux Quartiers, p. 87).
(Exclamatif, pour mettre en relief). || En voilà, un imbécile ! || En voilà une blague, la politique (2. Politique, cit. 19). || En voilà une affaire ! || En voilà des manières ! || En voilà des raseurs (→ Rappel, cit. 4). || En voilà trois qui ont un fameux poil (cit. 15) dans la main !Pop. || En voilà une de femme ! (Balzac, Splendeurs et Misères des courtisanes, II).
7 — Eh bien ! dit Polo Griffo, en voilà d'une bonne ? Aimez donc les gens pour qu'ils vous traitent comme cela !
Mérimée, Colomba, XVI.
Ellipt. || Voilà !, interjection qui répond à un appel, à une demande… || Garçon, un demi ! Voilà, voilà… j'arrive ! : attendez un instant.
8 — Monsieur a sonné ? — Vite ! une plume, du papier, que je refasse ma carte. — Voilà ! voilà !
E. Labiche, Marquises de la fourchette, 8, in Damourette et Pichon.
Que voilà. || « Toi que voilà » (Verlaine). || La belle que voilà (chanson). || L'homme que voilà, celui-là.
8.1 — Vous êtes allé chercher la croix que voilà, lui dit le marquis.
Stendhal, le Rouge et le Noir, II, VII.
Exclam. ( 1. Que, II., 2.). || « Que voilà donc du sens commun ! » (→ Limpide, cit. 7). || « Ah ! que voilà un air qui est passionné ! » (→ Mourir, cit. 42). || « Que voilà qui est scélérat » (Molière, le Bourgeois gentilhomme, III, 10).
2 Désignant les choses dont il vient d'être question dans le discours (par oppos. à voici). || « Valeur, bonté (…) voilà pour le cœur; vivacité, pénétration (…) voilà pour l'esprit » (→ Héros, cit. 22; et aussi austérité, cit. 15; liberté, cit. 28). || Peindre des caractères (cit. 67), voilà donc l'objet de la haute comédie. || « Après m'avoir sauvé, il s'est sacrifié. Voilà l'homme » : il est ainsi, tel est son caractère (→ Ingrat, cit. 7).
9 Aimer, prier, chanter, voilà toute ma vie.
Lamartine, Nouvelles méditations, « Le poète mourant ».
Voilà ce qui fait que votre fille est muette (cit. 1). || « Voilà ce que c'est que d'aller au bois où sont les fées » (France, Vie littéraire, IV, p. 82), telles en sont les conséquences. Être (1. Être, IV., 2.).
9.1 Je vous dis que vous avez causé !
— Hein !… est-il exigeant, cet animal-là ! voilà ce que c'est que de les gâter.
E. Labiche, Célimare le bien-aimé, II, 8.
Plus cour.Voilà ce que c'est de désobéir. || Voilà le hic (cit. 2), le plus beau, le pire… — ☑ Voilà tout, et voilà tout. Tout (supra cit. 76). — ☑ En voilà assez : cela suffit.En voilà pour (suivi d'une indication temporelle) : ce qui vient d'être désigné durera, continuera… || En voilà pour jusqu'à midi (→ Fricot, cit. 2).Employé seul, voilà, et voilà, sert à clore une déclaration. Cf. J'ai dit, j'ai fini, c'est tout.
Avec une valeur exclamative. C'est (ce sont) bien…, c'est vraiment. || Voilà bien les hommes (cit. 128). || Vous êtes un joli neurasthénique (cit. 1), voilà ce que vous êtes !Absolt. || Ah ! voilà ! : c'était donc ça (cf. Vous m'en direz tant).
Pour marquer l'approbation. || Voilà (Cf. C'est cela).
9.2 « Voilà ! » Approbation que vous délivrez vous-même au brillant parleur comme s'il avait réussi un fameux tour de cartes.
P. Daninos, Un certain Monsieur Blot, p. 235.
Construit avec qui, en valeur neutre. Qui (infra cit. 59). || Voilà qui est louche (1. Louche, cit. 9), voilà (une chose…) qui… || Voilà qui est bien. Spécialt. || Voilà qui va bien : cela suffit, c'est assez (cf. Ça va bien comme ça).
10 Hélas, pensez-vous, voilà qui doit être délicieux, mais qui ne nous arrivera jamais !
G. Duhamel, les Plaisirs et les Jeux, I, IV.
Vx (construit avec l'inf.). || Voilà trop causer (→ Missive, cit. 3; et aussi expédier, cit. 10) : voilà (qui est…). || Voilà aimer (Hugo, Lucrèce Borgia, II, 1).
REM. 1. Voilà s'oppose à voici dans l'exemple partout cité de Britannicus : « Voilà tous mes forfaits, en voici le salaire » (cit. 7); mais dans la langue moderne voilà tend à remplacer voici pour présenter ce qu'on va dire : j'ajoute mon souhait, voilà lequel… (→ Là, cit. 10). Voilà, camarades… (→ Jaune, cit. 13). Cf. aussi France, in Le Bidois, Syntaxe du franç. moderne, §216; Vigny, Mauriac, etc. in Grevisse, le Bon Usage, §948, rem. 4.
11 (…) aujourd'hui voilà annonce très souvent des choses qui vont suivre au lieu de se rapporter à ce qui précède, quoique tous les grammairiens, y compris Littré, maintiennent la distinction : Voilà ce qui va arriver, le taux de l'intérêt baissera.
F. Brunot, la Pensée et la Langue, p. 8.
2. Comme les autres tours « présentatifs » (c'est… que…), voilà… que… sert à mettre en vedette l'objet, avant le verbe.
12 Voilà, voilà les cris que je craignais d'entendre (…)
Racine, Iphigénie, IV, 5.
3 S'emploie pour présenter un substantif, un pronom caractérisé (par un adjectif, un participe, une proposition), en relation avec des circonstances déjà exprimées (ou sous-entendues). || Vous voilà content : vous êtes content, à présent, maintenant (que telle ou telle chose a eu lieu). || Voilà, par suite, peut exprimer le soulagement, la surprise, l'émotion. || Me voilà rendu (cit. 26). || La voilà partie (→ Alarmer, cit. 6), bien triste (→ Bouder, cit. 1). || Le voilà se costumant (→ Tarbouch, cit. 1).
12.1 Les mains dans les poches, Narcense rentrait chez lui.
— Alors, vous voilà revenu ! dit Saturnin.
— Vous voyez, j'ai pris des vacances.
R. Queneau, le Chiendent, p. 321.
Nous voilà bien, nous voilà frais… || « Comme te voilà grande, famille ! » (Musset, On ne badine pas avec l'amour, I, 2).
12.2 Me voilà bien ! Il ne nous trouvera pas chez les Blanchard, ça va faire une histoire !
E. Labiche, la Poudre aux yeux, II, 10.
Le voilà qui se fâche, qui prend le mors (cit. 3) aux dents. Qui (supra cit. 13).|| « Voilà Madame à crier, à pleurer (…) » (Mme de Sévigné, 854, 18 sept. 1680).
13 (…) voilà M. de Turenne tué; voilà une consternation générale; voilà Monsieur le Prince qui court en Allemagne : voilà la France désolée.
Mme de Sévigné, 421, 31 juil. 1675.
14 La voilà donc ouverte, à la fin, cette porte; et c'est au moment indiqué par Le-Jay (…)
Beaumarchais, Mémoires sur l'affaire Goëzman, p. 11.
15 Voilà le maître dans une colère terrible et tombant à grands coups de fouet sur son valet (…)
Diderot, Jacques le fataliste, Pl., p. 506.
(En corrélation avec un adv. ou une circonstance de temps). || Comme, tandis que…, voilà… || « À peine suis-je dans la rue, voilà un violent orage qui éclate » (Daudet, Lettres de mon moulin, « À Milianah »). Soudain.
(Avec un compl. de lieu). || Nous voilà dans la place; nous y voilà. — ☑ Fig. Nous (cit. 11) y voilà : nous abordons enfin le problème, la question… (cf. Nous y arrivons, nous y sommes). || Vous y voilà, vous avez trouvé. || « Nenni (cit.). — M'y voici donc ? — Point du tout. — M'y voilà ? »
16 — (…) je n'ai pu me défendre de t'aimer. — (…) Nous y voilà; adieu.
Marivaux, le Jeu de l'amour…, II, 12.
4 (Suivi d'une complétive). S'emploie pour présenter une circonstance nouvelle. Que (1. Que, cit. 7; et supra). || Soudain, voilà que… || Voilà qu'en poétisant, je rencontrai une jeune femme (→ Occitanien, cit. 2). || Mais voilà que la route n'est plus qu'une ornière (cit. 3) affreuse. || « Et voilà que je suis tué, dans une embûche (…) » (→ Par, cit. 53). || Voilà qu'on m'appelle (→ Tantôt, cit. 2).
17 Voilà donc que tu dors sous cette pierre grise !
Voilà que tu n'es plus, ayant à peine été !
Hugo, les Contemplations, VI, VIII.
18 — Un accident ? (…)
— Non… j'étais monté dedans pour venir ici… et que voilà que je me trouve à côté d'une petite… de l'œil ! du nez ! de la dent !
E. Labiche, Un gros mot, 6.
REM. L'inversion du sujet est fréquente après voilà que…
19 La nuit ! la nuit ! la nuit ! Et voilà que commence
Le noir de profundis de l'océan immense.
Hugo, la Légende des siècles, XXXIV, II.
Voilà comme (→ Finir, cit. 17), comment, pourquoi (cit. 22) || Voilà où cela s'est passé (lieu). Fig. || Voilà où je veux en venir. aussi(là où…).
5 Vx. Ne voilà pas, voilà pas, s'employait pour exprimer la surprise, pour « voilà donc, bien qu'on ne s'y attendît pas… ». || « Hé bien ! Ne voilà pas encore de son style ? » (→ Négatif, cit. 3, Molière). || Ne voilà pas de mes mouchards (cit. 2). — ☑ Vieilli. Ne voilà-t-il pas que… (cf. Balzac, Gauthier, Verlaine, Courteline, etc., in Damourette et Pichon). Ellipt. || Ne voilà-t-il pas ! (Marivaux, le Jeu de l'amour et du hasard, II, 6). Cf. Eh bien ! tiens !…, marquant l'étonnement.Mod. (fam., régional). || Voilà-t-il pas, (et, pop. rural et vieilli), voilà-ti-pas, vlà-ti-pas que…
20 « À Moscou ! — Va pour Moscou ! » dit l'armée. Nous prenons Moscou. Voilà-t-il pas que les Russes brûlent leur ville !
Balzac, le Médecin de campagne, Pl., t. VIII, p. 464.
21 (…) Voilà-t-il pas, pauvre homme,
Que j'ai peur de le voir rentrer, moi, maintenant !
Hugo, la Légende des siècles, LII, IX.
6 (Explétif). Employé pour présenter ou souligner un argument, une objection. || C'était simple, seulement voilà, il suffisait d'y penser (→ Œuf, cit. 9).
7 Il y a (suivi d'un nom désignant une durée). 1. Faire (II., E., 3. : ça fait…). || Elle a décampé, voilà quinze jours (→ Frusque, cit. 4). || Voilà… que… || Voilà trois mois que je lis de la métaphysique (→ Abstraction, cit. 6), j'en lis depuis trois mois (→ aussi 2. Neuf, cit. 4). || Voilà longtemps (cit. 6) que…Avec la négation. || Voilà huit jours qu'il n'est pas venu ( Ne, I., 2). || « Voilà dix ans que je n'ai vu le soleil » (Flaubert, Salammbô, VII, in G. et R. Le Bidois, Syntaxe du franç. moderne, §1445).
22 Le tour avec voilà… fait voir le temps écoulé, du point de vue actuel, c'est-à-dire dans son rapport avec le moment où l'on parle : « Voilà trois ans que je ne l'ai vu. » Le tour il y a… sert seulement à constater soit une période de temps entièrement écoulée (…) soit une période qui dure encore présentement (…)
G. et R. Le Bidois, Syntaxe du franç. moderne, §317.
23 Le garde était mort voilà trois semaines (…)
Montherlant, les Célibataires, VIII.
(Avec le passé défini, quand le verbe est accompagné d'une précision temporelle). || « Voilà trente ans que je la vis pour la première fois » (France, in Le Bidois).
COMP. Revoilà.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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